mardi 27 juillet 2010

Souvenirs de Gargenville N°2



de Gauche à droite =debout=MM. Roger Gallet, Maurice Berthaut, André Caylus, Cacheux, Marcel Aubril, Giraux
A genoux = MM Georges Chérel, Jean Berthault.
Cliquez sur les photos pour les agrandir.
27 août 1944 - La Libération de Gargenville .
Nous venions de passer quelques années de privation et de rationnement, il nous fallait payer la nourriture, mais il fallait aussi fournir des tickets "dit de rationnement" pour acheter du pain, du beurre, du sucre. Pour le chocolat, les oranges et les bananes, il fallait prendre le dictionnaire pour savoir ce que c'était. Nous en avions perdu le goût, mais pas l'envie d'en manger.
Et voilà que, dans cette morosité, l'Armé des Alliés (qu'on appelait "les Américains") après avoir débarqué en Normandie, arrivait aux portes de Gargenville.
Pour permettre le passage des hommes et du matériel en quantité suffisante et poursuivre la libération du territoire, l'Armée des Alliés, avait construit un pont à l'aide de bateaux entre Mantes et Limay, puis s'arrêta à ISSOU, en bordure du village.
Gargenville et ses hameaux sont donc restés, environ 8 jours, du 19 au 27 août1944, entre l'armée Allemandes et l'Armée des Alliée "les Américains".
Pendant cette période, presque chaque jour, des colonnes de soldats "Américains", basés à Issou, traversaient Gargenville et passaient par Hanneucourt et des soldats Allemande, venants de Juziers, traversaient Hanneucourt, avançaient jusqu'à Gargenville.
Le Hameau d'Hanneucourt a payé chèr cette période. 3 Civils tués par les Allemands, et un blessé.
- Francis Basso, (tué dans le dos, en allant cueillir de l'herbe pour ses lapins, le long de la nationale).
- Charles Leviel ( arrêté par les soldats allemands et fusillé, pour avoir un paquet de cigarettes américaines dans sa poche)
- un vagabond (trouvé au lieudit "les Aulnay") (endroit où était retranche un groupe de soldats allemands.)
- Le jardinier gardien de la "Maison Blanche" a été gravement blessé, d'une balle dans le dos, rue Gambetta, (à peu près au niveau de l'actuel bureau des PTT.). Une maison* a été détruite rue Raoul Pugno au Ex.N° 4, par le seul obus tiré par les Allemands. La Grange de M. Jolibois située sur un terrain, rue du Mesnil, fut détruite par un incendie.
Gargenville avait une section de FFI. Elle avait été créée, sous l'autorité d'un sous-officier d'active, l'adjudant-chef, André Caylus,. Le groupe était composé des 2 frères Jean et Maurice Berthault, Marcel Aubril, Roger Gallais, Giraud, Jean Basso et de Fernand Cacheux; .;Cherel.. Ce groupe FFI avait attiré de nombreux jeunes Gargenvillois avec pour seule ambition de les aider. M. Georges Cherel, résistant actif, restait caché, car la police française et la Gestapo le recherchait pour des actions de sabotage,. Entre autre, l'incendie du dépôt de ravitaillement allemand situé près de la gare SNCF, d'ISSOU.
Je n'avais pas l'honneur de porter le brassard tricolore des FFI, mais j'étais toujours avec eux, compte tenu qu'ils étaient tous mes Amis. J'avais aussi un revolver que m'avait confié un ami.
La mission de la section FFI était d'empêcher les Allemands, venant du Vexin, de pénétrer dans Gargenville et si possible de les capturer et de les remettre aux mains des troupes Alliés pour interrogatoire. De plus, elle devait surveiller les mouvements d'un groupe de soldats Allemands qui avaient pris position dans des tranchés au lieudit "les Aulnaies".Les renseignements précis ont permis le bombardement des positions énnemies. Petit groupe , mais efficace.( d'après le Lieutement Thieffine chef d'arrondissement-FFI)
Au cours de cette période, des soldats ont été faits prisonniers, dont une estafette avec son side-car, et, il y a eu plusieurs accrochages entre les colonnes Allemandes et les FFI de Gargenville.
--Derrière le lavoir d'Hanneucourt, avec les Allemands retranchés au lieudit "les Aulnaies".
--Rue D.Casanova, à l'emplacement actuel des maisons de M. Aubril et de M. Samitier. Les Allemands se sont repliés vers les bois sous le feu des FFI. Sur une maison pendant longtemps on pouvait apercevoir quelques impacts de balles allemandes
--Sur la route Nationale. Ce jour-là, une patrouille de soldats Allemands était arrivée jusqu'au carrefour de la nationale 190 et la rue Gambetta. Il y a eu un échange de feu entre les Allemands et les "Américains" auxquels s'étaient joint les FFI de Gargenville. Après le repli des "Américains", les FFI ont poursuivi les soldats Allemands en les prenants, du pont SNCF, sous le feu d'un fusil-mitrailleur servi par l'adjudant-chef, André Caylus. C'est ce jour-là que Francis Basso a été tué, par les Allemands..
--Un de ces accrochages, au Nord de Gargenville, près du dernier lavoir, à l'angle de ce qui est actuellement la rue de la Division Leclerc, la rue de Verdun, et la rue des Sources a particulièrement marqué mon souvenir. En voici les détails.
Le groupe FFI accompagné de quelques jeunes, avait décidé d'aller comme il le faisait très souvent, surveiller le Nord de Gargenville, afin de couvrir Gargenville et d'intercepter les soldats Allemands. Nous étions en file indienne, très dispersée. Les premiers avaient déjà atteint le niveau du lavoir, alors que les derniers étaient au niveau de la rue des Fontaines.
Un coup de feu, tout proche, éclata. Toute la colonne s'arrêta. Les éléments arrivés près du lavoir, s'écrièrent: Qui a tiré?? Les autres répondirent: C'est vous! Non! répondirent les premiers, et les questions s'arrêtèrent, lorsqu'un deuxième coup de fusil se fit entendre.
Là, tout le groupe avait compris, quelqu'un nous tirait dessus. Et ce quelqu'un ne pouvait être, qu'un soldat Allemand. Les FFI étaient en tète de file, nous nous regroupons tous derrière le mur à l'angle de la rue de la Division Leclerc et de la rue des Sources. Les FFI se concertent et le Gaucher d'entre eux fut désigné pour répondre au tir allemand. (C'était Marcel Aubril.)
Il tira, au hasard, vers les jardins et vergers le long de la rue des Sources. Vous comprenez qu'étant gaucher il n'exposait qu'une partie du corps pour tirer. Entre chaque tir, il s'abritait derrière le mur pour recharger son fusil.
Après 5 ou 6 tirs de la part du FFI, une violente explosion se fit entendre, juste derrière le mur qui nous abritait. Au crépitement des éclats dans le mur et les arbres, et bien que nous n'avions jamais entendu ce bruit, on a deviné, en fuyant que cela devait être une grenade. Un FFI s'écria: les Allemands nous tirent dessus avec des grenades, vite à Issou.
Dans la précipitation, le groupe se divisa en 2, un demi-groupe pris la direction d'Issou par les rues des Fontaines, Thourout et Kennedy; Les éléments de l'autre partie se regroupèrent sur la place de l'église, en fuyant par le chemin (maintenant, rue Chouquet) et la rue de la Ferme. J'étais dans ce groupe.
Après concertation, 2 jeunes ont été envoyés en haut du clocher de l'église, afin de scruter le Nord de Gargenville, pour voir, où était celui, (ou ceux) qui nous avait tiré dessus. J'ai été désigné avec R.Gallais pour cette mission. À peine étions-nous installés, en haut du clocher, de la place montaient les interrogations "tu vois quoi??", "y a-t-il quelqu'un??", " voyez-vous les Allemands??", etc.….
Parmi les cris, nous entendions, au loin, comme des "coups de fusil". Nous demandons confirmation au groupe, en bas, s'il avait entendu les tirs de fusil. De plus, nous, dans le clocher, on avait entendu un miaulement qu'on n'arrivait pas à définir. Je m'interrogeais sur ce bruit tout en scrutant les champs au nord, derrière les maisons, quand un deuxième coup de feu se fit entendre en même temps que le choc d'un projectile sur les tuiles du clocher.
Nous avons compris, les Allemands nous tiraient dessus au fusil. Nous sommes descendus du clocher à une vitesse, que la peur avait décuplée, et nous retrouvons tous sur la place de l'église ou tout le monde parlait en même temps, une seule idée se dégage, tout de suite, puisque les Allemands nous tirent dessus, vite à Issou, chez les "Américains".
Nous nous élançons, courant à perdre haleine, ruelle des Moulins, rue Jules Ferry, et route d'Issou (rue Kennedy), vers le salut, Issou, les Américains.
À bout de souffle, nous arrivons à l'emplacement du stand de tir, situé à mi-chemin entre les maisons de Gargenville et Issou, nous apercevons, venant à notre rencontre, le premier demi-groupe FFI, qui avait choisi dès le début de se replier sur Issou,
.Arrivées à porter de voix, nous entendons leurs encouragements, puis dans la confusion, un des plus âgés s'écria "Vite! Vite !Venez avec nous, car les Allemands occupent le clocher de Gargenville et les Américains sont en train de tirer dessus pour les déloger.
Nous nous sommes précipités vers le groupe des tireurs d'élite "Américains" pour leur expliquer leur méprise.
Ces accrochages, se sont tous terminés sans blessures ni mort pour le groupe FFI, ni pour les jeunes qui les accompagnaient.
Le 27 août 1944, vers 14 heures les fantassins de l'armée alliée partant d'Issou, traversèrent le village, libérant définitivement Gargenville.**
* c'était la maison où nous habitions, mes Parents et moi. Sinistré total, nous avions tout perdu. Nous avons été relogés dans un pavillon qui appartenait à Mlle Boulanger, au N° 2 rue Fanny Halworth.

**NB=Paris a été officiellement libéré le 25/08/1944
J.Biancat d'Hanneucourt–*Version . C. privée - Mars 2003

1 commentaire:

  1. Vous avez une bien jolie plume, c'est un plaisir que de vous lire.

    Belles histoires dans l'Histoire.

    Un vrai régale...

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